Les diseuses de bonne aventure dans l’art

» Publié par le avr 8, 2014 dans My Little Journal | 2 commentaires

Les diseuses de bonne aventure dans l’art

Selon Wikipédia, la bonne aventure est un art divinatoire consistant à prédire l’avenir par le biais de pratiques magiques et souvent contre une rémunération en argent. Les diseuses de bonne aventure, comme on les appelait autrefois, sont donc des femmes qui prédisent l’avenir contre rétribution.

Dans cette définition, l’on retiendra surtout la forte suspicion de cupidité qui pèse sur les « diseuses de bonne aventure ». Cette expression qui sert à les qualifier est elle-même à la fois désuète et péjorative. Elle s’accompagne d’une connotation malsaine qui va puiser dans notre imaginaire collectif des clichés ancrés dans notre culture bien pensante depuis plusieurs siècles déjà : la duplicité, la perfidie, le vol et la tromperie de ces diseuses d’avenir souvent assimilées aux communautés gitanes.

En témoignent les œuvres du Caravage et de ses successeurs que je vous propose de découvrir ci-après…

diseuse-de-bonne-aventure-caravageLa diseuse de bonne aventure du Caravage

Conservée au musée du Louvre, l’origine de cette huile sur toile est estimée à l’année 1594. A cette époque, le Caravage était fort enclin à peindre des scènes profanes puisées dans la vie de tous les jours. Il retranscrit dans cette oeuvre une action impliquant un jeune cavalier se faisant lire les lignes de la main par une bohémienne. Ce faisant, la voyante lui dérobe la bague qui orne sa main… La scène semble banale, mais l’allégorie qu’elle transporte l’est moins. Le Caravage condamne par cette oeuvre les dérives de ceux qui pratiquent la voyance dans le seul but de flouer leurs consultants. Le Cavalier, par son panache, symbolise la jeunesse naïve. Sa mésaventure lui aura fait perdre tant son précieux bijoux que ses plus belles illusions.

diseuse-de-bonne-aventure-simon-vouetLa vision de Simon Vouet

Dans cette autre scène de genre remontant à l’année 1620, Simon Vouet renverse la situation. Cette fois, c’est la voyante qui est victime d’un vol. Distraite par une courtisane dont le regard et l’attitude prend le spectateur à parti, la ténébreuse gitane se ne rend pas compte que le complice de la consultante glisse la main dans son sac afin de lui dérober son gain…

diseuse-de-bonne-aventure-Georges_de_La_TourL’oeuvre de La Tour

Au Metropolitan Museum of Art de New York, c’est le point de vue de George de La Tour qui est exposé. Dans ce tableau datant des années 1630, on retrouve l’archétype de la vieille gitane prédisant son avenir à un jeune homme à l’air naïf et innocent. Les trois jeunes femmes qui accompagnent la voyante entourent le garçon de près, l’une d’elle a la main tendue vers sa poche dont elle s’apprête à dérober le contenu…

 diseuse-de-bonne-aventure-Valentin-de-BoulogneL’adaptation de Valentin de Boulogne

Huit ans après Simon Vouet, soit en 1628, Valentin de Boulogne livre sa vision de l’arnaqueur arnaqué… Il met en scène une diseuse de bonne aventure et son client, entourés par quatre autres personnages. Le regard concerné du consultant est sujet à interprétation. Est-il inquiet des révélations de la voyante ou se méfie-t-il de son éventuelle duplicité ? Nul ne saurait l’affirmer avec certitude… Toujours est-il que la voyante, elle, aurait du être plus méfiante. En effet, une silhouette sombre du second plan profite de son extrême concentration pour lui dérober le coq glissé négligemment dans son sac. Sans doute était-ce une forme de rétribution pour une voyance livré à un précédent client. Une chose est sûre : elle n’aura pas le plaisir de le déguster à l’issue de la journée !

Joueurs de cartes et diseuse de bonne aventure nicolas regnierLa mixité sociale par Nicolas Regnier

Toujours au 17ème siècle, Nicolas Regnier dépeint une certaine vision de la mixité sociale dans son tableau intitulé « Joueurs de cartes et diseuse de bonne aventure » de l’année 1620. On peut y voir des soldats, deux femmes, deux hommes et une diseuse de bonne aventure. Dans un style caravagesque marqué par un puissant clair-obscur, l’artiste dépeint aussi une scène inspirée du quotidien. La diseuse de bonne aventure est la femme en noir au fond du tableau. On la reconnaît à sa position de retrait, indiquant une proximité nécessaire à la confidentialité de sa consultation.

 

2 Commentaires

  1. merci pour la qualité et la richesse de votre site de grand esthétisme, le rendant très agréable à consulter

  2. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo !

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